Si vous m’aviez dit, il y a quelques années, que je terminerais un bac +5 en systèmes, réseaux et sécurité informatique, je ne vous aurais probablement pas cru.
Et pourtant, me voilà.
Le plus drôle dans cette histoire, c’est que je ne suis pas quelqu’un qui a toujours su ce qu’il voulait faire.
En réalité, pendant une bonne partie de mon parcours, j’ai surtout essayé de comprendre ce que je ne voulais pas faire.
Et parfois, il m’a fallu quelques années pour m’en rendre compte.
Qu’est-ce qui m’empêche d’essayer ?
Le piège des étiquettes : quand le droit servait de refuge
Après le brevet, je suis entré au lycée avec une idée assez simple :
Faire un bac littéraire.
Pourquoi ?
Parce que j’avais de meilleurs résultats dans les matières littéraires que dans les matières scientifiques. J’aimais davantage ces matières, j’y étais plus à l’aise, alors le choix me paraissait assez logique.
Je n’avais pas de grand projet professionnel derrière la tête.
Je voulais simplement avancer.
J’ai donc fait mon lycée, puis obtenu mon bac littéraire.
Et c’est après le bac que les choses ont commencé à se compliquer.
Parce qu’une fois le lycée terminé, une question devient soudainement beaucoup plus difficile à éviter :
« Maintenant, je fais quoi ? »
Je me suis renseigné sur les formations, j’ai demandé conseil autour de moi, j’ai essayé de comprendre ce que je pouvais faire avec mon bac.
Et très vite, j’ai commencé à entendre que, puisque j’avais fait un bac littéraire, je devais plutôt rester dans des domaines littéraires ou dans des formations qui s’en rapprochaient.
J’ai quand même essayé d’explorer d’autres possibilités.
Mais autour de moi, le discours était rodé : après un Bac L, il fallait rester dans les voies littéraires.
Et moi, à ce moment-là, j’ai eu peur.
Pas vraiment peur de travailler.
J’avais surtout peur d’échouer.
Peur de faire un mauvais choix.
Peur de décevoir mes proches.
Peur du regard des autres.
Par sécurité, j’ai éliminé les filières scientifiques, les formations avec beaucoup de mathématiques, par exemple.
Pourtant, je n’étais pas réellement mauvais en maths. Je n’aimais simplement pas particulièrement ça, et je ne faisais pas forcément les efforts nécessaires pour progresser.
Avec le recul, je me rends compte que je ne choisissais pas toujours ce que je voulais faire.
Je choisissais surtout ce qui me faisait le moins peur.
Et finalement, j’ai choisi le droit.
Le droit devait être la suite logique
Je suis donc parti en droit.
Et contrairement à ce que l’on pourrait croire en regardant mon parcours aujourd’hui, je n’ai pas détesté ces années.
Au contraire.
J’ai appris énormément de choses et j’ai apprécié le fait d’apprendre.
À la fin du tronc commun, j’ai choisi le droit privé.
J’ai obtenu ma licence.
Puis, en cherchant les différentes possibilités qui s’offraient à moi, j’ai découvert qu’à l’Université de Lille, il existait une licence qui mélangeait droit public et droit privé.
Et quelque part, elle me correspondait plutôt bien.
J’étais encore indécis.
Alors j’ai fait une année supplémentaire.
Pendant ce temps, une idée professionnelle commençait à se dessiner :
Devenir avocat.
Ça semblait être une suite logique.
J’ai donc effectué un stage dans un cabinet d’avocats.
Et c’est précisément là que j’ai compris une chose importante :
Je ne voulais absolument pas devenir avocat.
Voilà.
Des années d’études pour découvrir ça.
Le problème, c’est qu’une fois cette idée abandonnée, je ne savais toujours pas quoi faire.
Alors j’ai continué.
J’ai fait un Master 1 en histoire du droit et des institutions, principalement parce qu’à cette époque, j’étais déjà engagé dans le droit et que je ne voyais pas réellement quelle autre direction prendre.
Mais quelque chose commençait à changer.
Sans que je le sache encore.
Le déclic : un écran pris à distance
Pendant ma licence, j’avais eu l’occasion de travailler dans une entreprise dans le cadre d’un CDD étudiant.
Et un jour, j’ai eu un problème avec mon ordinateur.
Un informaticien est intervenu à distance.
Il m’a appelé, je lui ai expliqué le problème, et il m’a dit :
« Je peux prendre la main sur votre machine. »
Euh… oui.
Une fenêtre est apparue, j’ai accepté.
Et là, quelqu’un a pris le contrôle de mon ordinateur.
Je voyais ma souris bouger toute seule.
Quelqu’un, à distance, intervenait sur ma machine pour essayer de résoudre mon problème.
À l’époque, je trouvais ça incroyable.
Bon…
À la fin, il n’a pas réussi à résoudre le problème.
Un informaticien est donc venu sur place pour remplacer la machine.
Et en le regardant travailler, une voix dans ma tête me répétait :
« T’as raté ta vie. Pourquoi t’as pas fait un bac scientifique ? Si tu l’avais fait, aujourd’hui, ça aurait pu être toi, l’informaticien. »
Avec le recul, cette phrase peut sembler absurde.
Mais elle disait quelque chose d’important.
L’informatique m’attirait déjà.
J’ai toujours été un peu geek.
J’aimais jouer, bidouiller, essayer de comprendre comment fonctionnaient les ordinateurs.
J’avais cette curiosité.
Mais je pensais que ce n’était pas pour moi.
Parce que j’avais fait un bac littéraire.
Parce que je pensais qu’il fallait être bon en maths.
Parce que je pensais que certaines portes se fermaient définitivement dès lors qu’on avait pris une mauvaise direction.
Et surtout, parce que je pensais qu’il était trop tard.
Puis j’ai lu un livre
Pendant mon Master, j’ai dû lire De l’autre côté de la machine : voyage d’une scientifique au pays des algorithmes, d’Aurélie Jean.
Je ne pourrais pas vous raconter chaque détail de ce livre.
Mais je me souviens très bien de ce qu’il a provoqué chez moi.
Je retenais surtout son parcours : celui d’une scientifique qui s’était construite dans un univers qui, au départ, ne semblait pas forcément évident ni accessible, et qui avait pourtant fini par y trouver sa place à force de curiosité, de travail et de persévérance.
Ce qui m’a marqué, ce n’est pas seulement son parcours scientifique. C’est surtout l’idée que l’on pouvait entrer dans un domaine complexe sans forcément avoir l’impression d’y être destiné, apprendre, se tromper, recommencer et finir par y trouver sa place.
Et quelque part, je me suis reconnu là-dedans.
Et quelque chose a fait tilt.
Avant ce livre, je pensais :
« T’as raté ta vie. »
Après :
« Mais pourquoi est-ce que je ne pourrais pas le faire ? »
Puis une autre pensée est arrivée :
« Il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard. »
Je n’étais pas soudainement devenu informaticien.
Je n’avais pas toutes les réponses.
Mais pour la première fois, je me suis posé une question différente.
Pas :
« Est-ce que j’en suis capable ? »
Mais :
« Qu’est-ce qui m’empêche d’essayer ? »
Et cette question a changé beaucoup de choses.
« Pourquoi tu n’as pas fait informatique ? »
Quelque temps plus tard, quelqu’un m’a posé une question toute simple :
« Pourquoi tu n’as pas fait informatique ? »
Ma réponse était immédiate :
« Parce que je ne peux pas. J’ai fait un bac littéraire. »
On m’a alors conseillé de me renseigner malgré tout. Après tout, ce que je pensais être impossible ne l’était peut-être pas.
Et, pour une fois, au lieu de partir du principe que c’était impossible, j’ai décidé de vérifier par moi-même.
Alors j’ai commencé à me renseigner.
J’ai comparé les formations.
Je me suis intéressé au BTS SIO, notamment aux parcours SISR et SLAM.
Et j’ai fini par prendre une décision :
J’allais essayer.
Je n’y croyais pas vraiment
C’est important de le préciser.
À ce moment-là, je ne pensais pas vraiment réussir.
Je ne me suis pas dit :
« Dans quelques années, je serai en cinquième année de cybersécurité. »
Pas du tout.
Mon objectif était beaucoup plus simple :
Faire le BTS.
Peut-être aller jusqu’à un bac +3.
Et puis voir.
Je voulais surtout essayer de changer de direction.
Alors j’ai cherché une alternance.
Indeed.
LinkedIn.
D’autres plateformes.
J’ai envoyé des candidatures.
Beaucoup de candidatures.
J’ai même pris mon CV et je suis allé directement dans certaines entreprises.
En parallèle, j’ai commencé à apprendre seul.
Des vidéos YouTube.
Coursera.
OpenClassrooms.
Des cours.
Des exercices.
Et puis les refus ont commencé à arriver.
Encore.
Et encore.
Et encore.
Mais je continuais.
Pas forcément parce que j’étais convaincu que ça allait marcher.
Parfois, je le faisais simplement pour pouvoir me dire :
« Au moins, j’aurai essayé. »
Le plus bel échec de ma vie
Vous vous souvenez de l’entreprise où je faisais mon CDD étudiant ?
À la fin de mon CDD, un CDI s’est ouvert.
À ce moment-là, je voulais surtout vivre.
Je n’avais pas encore d’objectif professionnel clair.
Alors quoi de plus rassurant qu’un CDI ?
J’ai postulé.
J’ai rencontré le responsable du domaine dans lequel se trouvait le futur poste.
J’étais sérieux.
Je voulais faire les choses bien.
J’ai passé des tests psychotechniques.
J’ai essayé tout ce que je pouvais.
Et puis j’ai reçu le mail.
Vous savez, le genre de mail qui commence très poliment par :
« Merci pour l’intérêt porté à notre entreprise… »
Et qui finit par vous expliquer que vous n’êtes pas retenu.
Vous l’avez compris :
je n’ai pas été retenu.
À l’époque, je l’ai très mal vécu.
J’étais déçu.
J’étais énervé.
J’avais vraiment envie de continuer là-bas.
Mais avec le recul, je considère peut-être cet échec comme le plus bel échec de ma vie.
Parce que je ne sais absolument pas ce qui se serait passé si j’avais obtenu ce CDI.
Peut-être que ma vie aurait pris une toute autre direction.
Peut-être que je serais resté dans cette voie.
Peut-être que je n’aurais jamais fait tout ce qui a suivi.
Je ne peux pas le savoir.
Mais une chose est certaine : ce que je considérais alors comme une déception a finalement ouvert une autre porte.
Comme quoi, à quelque chose malheur est bon.
La première chance
J’ai continué à postuler pour mon BTS.
Puis une entreprise a fini par me donner une chance.
J’ai passé un entretien.
À la fin, on m’a dit :
« Nous allons rencontrer d’autres candidats et peut-être que nous vous rappellerons. »
J’avais compris :
« Ne te fais pas trop d’espoir. »
Et pourtant, quelques mois plus tard, ils m’ont rappelé.
Au début, j’ai presque cru que c’était une blague.
Mais non.
J’avais décroché ma première opportunité dans l’informatique.
Et je suis arrivé dans une équipe où je ne savais même pas ce qu’était un terminal en ligne de commande.
J’ai appris.
J’ai découvert.
J’ai progressé.
Et cette première expérience a duré des années.
Mais le plus dur restait peut-être à venir.
Parce qu’obtenir une chance, c’est une chose.
La saisir quand on part de loin, c’en est une autre.
Je partais de zéro
Reprendre des études en informatique après un parcours en droit, ce n’était pas simplement changer de domaine.
Il fallait rattraper des années de connaissances.
Et parfois, j’avais l’impression de devoir faire presque deux fois plus de travail que les autres étudiants.
Il y avait les cours.
Les exercices.
Les recherches.
Les soirées.
Les nuits où je continuais à apprendre parce qu’une notion refusait simplement de rentrer.
Mais je crois que j’ai toujours eu un fonctionnement assez particulier :
quand je ne comprends pas quelque chose, j’ai beaucoup de mal à passer à autre chose.
Je reste bloqué dessus.
Alors je cherche.
YouTube.
Les forums.
Reddit.
Des cours.
Des exemples.
Je regarde comment quelqu’un d’autre a fait.
Puis je recommence.
Pour un exercice, je peux prendre un exemple corrigé, essayer de comprendre la logique, refaire l’exercice, me tromper, recommencer, puis chercher un autre exemple.
Et si une personne m’explique quelque chose et que je ne comprends toujours pas, je vais chercher quelqu’un d’autre qui l’explique différemment.
Je demande à des étudiants.
À des collègues.
Je leur demande comment eux ont compris.
Parce que parfois, il ne manque pas des connaissances.
Il manque simplement la bonne manière de les expliquer.
De 0 à 20
Je me souviens notamment de mes premiers travaux sur le binaire.
Premier contrôle continu :
0.
Puis arrive un autre contrôle où je me retrouve avec :
Plus de 15.
Ah ouais.
C’est possible, finalement.
Même chose avec les calculs d’adressage IP.
Un jour, j’avais eu :
0.
Et après avoir travaillé, cherché, fait des exercices et recommencé encore et encore…
Je me retrouve avec :
20.
Entre le 0 et le 20, il n’y a pas eu de miracle.
Je ne me suis pas réveillé un matin en étant soudainement meilleur.
Il y a simplement eu du travail.
Des erreurs.
Des incompréhensions.
Des recherches.
Des exercices.
Des heures supplémentaires.
Et surtout, le fait de ne pas accepter de rester bloqué.
Et finalement, me voilà
Au départ, je pensais faire un BTS.
Peut-être un bachelor.
Je n’avais jamais imaginé aller jusqu’à un bac +5.
Et pourtant, aujourd’hui, je termine bientôt ma formation en systèmes, réseaux et sécurité informatique.
Quand je regarde le chemin parcouru, ce qui me frappe le plus n’est pas d’avoir changé de domaine.
C’est de réaliser à quel point je me trompais sur ce que je pensais être capable de faire.
Pendant longtemps, j’ai cru que mon bac littéraire déterminait ce que je pouvais devenir.
J’ai cru que certaines portes étaient fermées.
J’ai eu peur de l’échec.
J’ai eu peur du regard des autres.
Et parfois, les autres m’ont effectivement dit que ce n’était pas une bonne idée.
Certains ont même ri.
Certains m’ont dit que je n’y arriverais pas.
Mais honnêtement, je ne pense pas avoir prouvé que j’étais exceptionnel.
J’ai simplement prouvé une chose :
j’étais capable d’essayer.
Alors, qu’est-ce que j’ai appris ?
Je ne suis pas devenu quelqu’un qui réussit tout.
Je suis devenu quelqu’un qui, lorsqu’il ne sait pas faire quelque chose, cherche comment apprendre à le faire.
Et pour moi, il y a une différence énorme entre les deux.
Mon parcours m’a appris que je peux partir de loin.
Que je peux ne pas comprendre.
Que je peux me tromper.
Que je peux échouer.
Et que je peux quand même continuer.
Je ne sais toujours pas exactement où ce chemin va me mener.
Mais aujourd’hui, contrairement à quelques années auparavant, je n’ai plus besoin de tout savoir à l’avance.
Je sais simplement que si quelque chose m’intéresse, je peux apprendre.
Et si vous êtes dans la même situation ?
Je ne vous raconte pas cette histoire pour vous dire que vous devez faire comme moi.
Je ne vous promets pas non plus que tout fonctionnera du premier coup.
Parce que ce n’est pas comme ça que la vie fonctionne.
Vous pouvez essayer et échouer.
Vous pouvez changer de voie.
Vous pouvez vous tromper.
Vous pouvez recommencer.
Et parfois, un échec qui vous semble terrible sur le moment peut devenir, avec le recul, quelque chose qui vous aura finalement permis d’avancer.
Alors si vous êtes aujourd’hui dans une situation où vous vous dites :
« C’est trop tard. »
« Je n’ai pas le bon diplôme. »
« Je n’ai pas le niveau. »
« Les autres vont penser que c’est impossible. »
J’aimerais simplement vous dire :
Essayez.
Pas parce que je peux vous garantir que vous réussirez.
Mais parce que vous ne saurez jamais ce dont vous êtes capable si vous ne tentez jamais.
Votre âge ne décide pas à votre place.
Votre parcours ne décide pas à votre place.
Le regard des autres ne décide pas à votre place.
Et parfois, le plus grand obstacle n’est pas ce que vous êtes réellement incapable de faire.
C’est ce que vous avez fini par croire impossible.
Je ne savais pas ce que je voulais faire.
Et finalement, ce n’était peut-être pas si grave.
Parce que si j’avais su exactement où je voulais aller dès le départ, je n’aurais peut-être jamais découvert tout ce chemin.
Je n’aurais peut-être jamais étudié le droit.
Je n’aurais peut-être jamais fait ce stage qui m’a fait comprendre que je ne voulais pas devenir avocat.
Je n’aurais peut-être jamais regardé cet informaticien prendre la main sur mon ordinateur.
Et surtout, je ne me serais peut-être jamais posé la question qui a tout déclenché :
« Pourquoi je ne pourrais pas le faire ? »
Aujourd’hui, je ne peux pas dire que j’ai toujours su ce que je voulais faire.
Ce serait même tout l’inverse.
Mais je sais maintenant ce que je veux continuer à faire :
apprendre, comprendre, résoudre des problèmes et aller au bout des choses.
L’informatique, c’était le rêve que je pensais inaccessible.
C’est aujourd’hui ce que j’étudie, ce que je pratique en alternance, et le métier vers lequel j’avance.
Autant dire que j’ai un peu de mal à appeler ça du travail.
Je ne vous promets pas d’être le meilleur.
En revanche, je peux vous promettre une chose :
je ne lâcherai pas une tâche simplement parce qu’elle est difficile.
Et même si, au bout du compte, je n’y arrive pas…
je pourrai au moins me retourner et me dire :
« J’ai essayé jusqu’au bout. »
Et ça, pour moi, ce n’est pas un échec.
Récit personnel. Il complète le profil, il ne le remplace pas.